FIRMIN-GIRARD au Salon des Refusés

Suite à la fronde des artistes dont le jury du Salon de 1863 n’avait pas sélectionné les œuvres, l’Empereur Napoléon III autorise la création du Salon des Refusés. C’est là, dans une salle voisine du palais de l’Industrie, que sont, dès lors, exposés ceux que Baudelaire qualifie de « vrais chercheurs ». Manet présente son Déjeuner sur l’herbe toile qui fait scandale auprès d’un public pourtant habitué aux représentations de nudités mais de celles relevant de la peinture académique.

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Manet, Le déjeuner sur l’herbe

Au cours de cette même année 1863, au Salon officiel, triomphe justement La naissance de Vénus d’Alexandre Cabanel, toile achetée par l’Empereur et chef d’œuvre de l’art que l’on a qualifié de « pompier ».

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Cabanel, Vénus endormie

Le Salon des Refusés se poursuit tous les deux ans en même temps que le Salon officiel. Il continue d’exposer les oeuvres non sélectionnées dont celles des peintres que l’on appellera les impressionnistes avant qu’ils n’aient leur propre salon à partir de 1874, lorsque Nadar leur ouvre les portes de son atelier. C’est d’ailleurs lors de cette première exposition chez Nadar que le critique du journal Le Charivari voulant ironiser sur ces peintres dont fait partie Monet avec Impression soleil levant, invente le terme d’impressionniste.

Firmin-Girard expose ses toiles au Salon depuis 1859. Montrant d’abord des scènes d’inspiration religieuse, mythologique ou historique, il évolue progressivement vers des scènes de genre que le public apprécie. Après le bal, exposé au Salon de 1863, lui vaut une médaille et son acquisition par la Princesse Mathilde.

Pour le Salon de 1873, il prend un tout autre chemin. A-t-il été sensible aux critiques portées par Joris-Karl Huysmans qui réprimandait ainsi les jeunes artistes ?

J’en suis à me reprocher pour l’instant l’indulgence dont j’ai fait preuve, en rendant compte de la plupart des toiles des jeunes modernistes officiels, parce qu’à défaut de talent, ils simulaient presque l’intention de vouloir dériver le boulet que l’Ecole leur avait attaché aux jambes. Aucun d’eux n’a eu la poigne nécessaire pour briser ses fers. De Cabanel en Gérôme, de Gérôme en Bouguereau, de Bouguereau en Meissonier, nous sommes arrivés au Firmin-Girard, au Toulmouche et au Vibert.

Pour le Salon de 1873, Firmin-Girard semble s’être débarrassé du « boulet de l’Ecole ». Il présente deux toiles très différentes de ses envois précédents représentant dans l’une une japonaise à sa toilette et dans l’autre une baigneuse nue cueillant un nénuphar dans un cours d’eau. On est loin des nus académiques, et en particulier de sa Vénus endormie exposé au Salon de 1865.

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La toilette japonaise

Le jury sélectionne la première, tandis que l’autre doit rejoindre le Salon des Refusés. Firmin-Girard avec sa baigneuse, la plus grande toile du Salon, révèle une originalité nouvelle qui rompt avec le caractère conventionnel dont on avait pu l’affubler. Il prend ouvertement le contrepied de la hiérarchie des genres, ce que sanctionne le jury du Salon officiel.

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La baigneuse

 Les critiques, tenants de l’art officiel, se déchaînent. On  lui reproche notamment  » les jambes mal faites, les bras vulgaires et d’un long! et d’un maigre! » (Le chevalier d’Aptot dans Le gaulois).

Un critique, pourtant, trois années plus tard, alors que Firmin-Girard connaît son grand succès avec le Quai aux fleurs, salue l’audace de l’œuvre présentée au Salon des Refusés et raconte comment celle-ci aurait pu laisser imaginer que son auteur était promu à une voie différente de celle qu’il a suivie.

Quand le jury ferme la porte du Salon à un homme de talent, chacun s’indigne. C’est un sentiment naturel, et il y a des paroles toutes faites pour exprimer ces sentiments là. Mais que dire, quand le jury détruit un homme de talent, quand il arrête un artiste en voie de formation, quand d’un peintre donnant les plus grandes espérances il fait un peintre dont il n’y a plus rien à attendre.

C’est l’histoire de M. Firmin-Girard.

Tout le monde a vu ou verra le Marché aux fleurs qui fait l’éblouissement des promeneurs dans le grand salon d’entrée. Eh bien! M. Firmin-Girard n’était pas né pour faire cette peinture. Par son éducation comme par ses tendances il était tout l’opposé. IL sortait de cette école de Gleyre, où l’élève, tout en se développant suivant ses aptitudes naturelles s’initiait sous la parole du maître aux conceptions nobles et élevées….. Il avait fait des Sirènes, une Vénus endormie, un jugement de Pâris et conquis ainsi sa première médaille. Mais cet art de convention ne le satisfait pas. Un beau jour il résolut de frapper un grand coup. Il peignit une femme nue, en été, couchée dans un pré et se penchant sur l’eau pour cueillir un nénuphar. La tentative était extraordinairement hardie…..Mon avis était que ce tableau méritait une seconde médaille. Le jury pensa différemment: il envoya l’auteur méditer au salon des refusés!

M. Firmin-Girard ne dit rien, ne protesta pas……

Firmin-Girard exposa de nouveau la baigneuse en 1892 au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts qu’il avait rejointe en 1890.

 

 

 

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